Illustration : Newton's August 1993 launch set the stage for what would become the iPad and iPhone

Le Newton n’est pas né sous la forme du MessagePad que l’on retient aujourd’hui. Dans Grateful Geek, Jean-Louis Gassée raconte comment Apple a exploré, dès la seconde moitié des années 1980, l’idée d’un ordinateur mobile piloté au stylet et capable d’interpréter l’écriture manuscrite. Le projet a surtout changé d’échelle au fil de son développement.

Une équipe isolée pour concevoir le Newton

Jean-Louis Gassée, alors vice-président senior de la recherche et du développement d’Apple, indique avoir envisagé dès 1985 des ordinateurs reconnaissant l’écriture à la main dans un délai de cinq ans. En 1987, il soutient Steve Sakoman, qui souhaite se consacrer à cette technologie au sein d’Apple.

Sakoman accepte de rester à condition que son équipe puisse avancer sans interférences. Installé dans un bâtiment de Bubb Road, près du siège d’Apple, le groupe travaille avec Steve Capps sur un ordinateur portable au sens propre, utilisant un stylet comme méthode d’entrée. À la fin de 1987, Sakoman choisit le nom Newton, une référence au premier logo d’Apple, représentant Isaac Newton sous un pommier.

Du terminal de poche à la tablette Figaro

La première orientation est celle d’un ordinateur de poche doublé d’un outil de communication. Son tarif visé atteint alors 2 495 dollars, soit le prix du Macintosh d’origine. Deux ans plus tard, l’objectif est nettement différent : Apple étudie en 1989 une tablette de 8,5 sur 11 pouces, au nom de code Figaro, avec un prix envisagé entre 6 000 et 8 000 dollars.

Cette évolution illustre le défi du Newton : faire tenir dans un appareil mobile une interface au stylet, une reconnaissance manuscrite et des fonctions informatiques ambitieuses, tout en maîtrisant son encombrement et son positionnement tarifaire.

Un projet poursuivi après plusieurs départs

Le départ de Jean-Louis Gassée, à la suite de son désaccord avec John Sculley sur la licence du système Mac, modifie l’équilibre interne autour du projet. Steve Sakoman quitte ensuite Apple le 2 mars 1990. Bill Atkinson réunit alors Steve Capps, Andy Hertzfeld, Susan Kare, Marc Porat et John Sculley pour réfléchir à la poursuite du Newton.

Le MessagePad 130, lancé en 1996, apporte finalement un rétroéclairage, une amélioration demandée par la presse lors des premiers échanges. La gamme Newton ne passera toutefois pas à l’écran couleur.

Ce que ça change

L’histoire du Newton rappelle qu’une idée produit ne suffit pas à fixer un appareil : son format et son prix déterminent directement les usages qu’il peut viser. Le passage d’un terminal de poche à une grande tablette très coûteuse montre aussi à quel point les choix matériels et logiciels peuvent faire basculer la promesse d’un produit. La reconnaissance manuscrite restait au cœur de cette ambition, mais elle devait s’inscrire dans un appareil cohérent pour l’utilisateur.

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Source : Jean-Louis Gassée — Grateful Geek (livre)

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